Une exposition inédite célèbre à Metz l’œuvre engagée et dérangeante de Clemen Parrocchetti, artiste italienne longtemps restée dans l’ombre
Mites, poux et féminisme : l’étrange beauté des ‘nuisibles’ au FRAC Lorraine

Une redécouverte internationale, depuis Art Basel jusqu’à Metz
Le FRAC Lorraine, à Metz, frappe fort cet été avec la première exposition française de Clemen Parrocchetti (1923–2016), une artiste aussi méconnue que fascinante. Si son nom n’évoque rien pour beaucoup, son œuvre fait pourtant aujourd’hui frissonner les amateurs d’art contemporain, depuis sa mise en lumière à la prestigieuse foire Art Basel en 2024. C’est là que la galerie berlinoise ChertLüdde l’a révélée au grand public, avec une sélection d’œuvres dérangeantes et puissamment politiques.
À Metz, le FRAC consacre donc une exposition intégrale à cette figure longtemps marginalisée, en cohérence avec sa ligne curatoriale centrée sur les voix singulières, les oubliées de l’histoire de l’art, et les luttes politiques incarnées par l’art.

Une œuvre nourrie de féminisme, d’insectes et d’objets détournés
Issue de l’aristocratie lombarde, Clemen Parrocchetti n’a rien de la figure classique de l’artiste rebelle. Mariée, mère de cinq enfants, elle se forme néanmoins aux Beaux-Arts de Brera, à Milan, dans les années 1950. Dès les années 60, elle rompt avec l’académisme pour explorer des thématiques profondément féminines et contestataires : le carcan social imposé aux femmes, la violence symbolique du foyer, la maternité contrainte, et surtout… les insectes.
Oui, car ce qui frappe chez Parrocchetti, c’est sa manière d’intégrer des nuisibles — mites, poux, puces — dans une esthétique presque baroque. Elle les brode, les sculpte, les met en scène comme des symboles d’une oppression rampante. Une manière provocante de renverser la honte et le silence autour de ce qui est considéré comme “sale”, “indésirable” ou “domestique”.

Un manifeste brodé comme cri de révolte
Parmi les œuvres phares de l’exposition messine : le “Manifeste pour une culture des femmes”, écrit en 1973, brodé sur une plaque d’aluminium. Ce texte engagé présente les femmes italiennes comme un « sous-prolétariat » et appelle à une réappropriation culturelle et politique. Ce n’est pas un simple écrit militant : c’est une œuvre d’art, à la fois texte, textile, et fer. Une parole rendue visible et durable.
En 1978, Clemen Parrocchetti rejoint le collectif Immagine, participera à la Biennale de Venise la même année, et ancre définitivement son art dans une logique collective et subversive.

Pourquoi il ne faut pas manquer cette expo
Si vous êtes de passage à Metz (ou y habitez), cette exposition est un rendez-vous immanquable pour qui s’intéresse à l’histoire de l’art, au féminisme, à la réhabilitation d’artistes oubliées… ou tout simplement aux formes d’art qui dérangent.
C’est aussi l’occasion de découvrir un dialogue étonnant entre l’art et les nuisibles, dans une approche poétique et politique que nous ne pouvons qu’applaudir chez Doc Pest. Car même les insectes, les poux et les puces ont quelque chose à nous dire… À condition d’ouvrir l’œil.

Infos pratiques
FRAC Lorraine – 1 bis rue des Trinitaires, Metz Exposition en cours – été 2025
Le FRAC Lorraine est ouvert du mardi au dimanche, avec des horaires étendus le week-end : de 14h à 18h en semaine, et de 11h à 19h le samedi et le dimanche.

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