Depuis trois ans, un souffle inattendu de poésie et de minutie souffle depuis la Normandie. Il vient de l’atelier de Marion Arbona et Guillaume Viel, un couple d’artistes aussi discret qu’audacieux, dont le talent singulier a séduit les amateurs d’art du monde entier. Leur spécialité ? La taxidermie joaillière, un art rare, entre science, orfèvrerie et curiosité naturaliste, qui transforme insectes, crustacés et coquillages en véritables sculptures décoratives.
Marion est illustratrice jeunesse, Guillaume, ancien bijoutier. Rien ne les prédestinait à créer ensemble un univers où les pinces d’un homard se parent d’or, où la carapace d’un scarabée scintille de mille feux, où l’éclaté d’un crabe devient œuvre d’art.
Tout commence lorsqu’un jour, Marion, passionnée de décoration et de cabinets de curiosités, décide de fabriquer un homard en éclaté Beauchêne — une technique ancienne utilisée jadis dans les musées pour étudier les structures anatomiques. Guillaume, avec son savoir-faire de bijoutier, rejoint l’aventure : il crée des supports délicats en laiton, parfaitement ajustés pour accueillir chaque pièce, comme on monterait une pierre précieuse.
L’alchimie opère. Le duo mêle rigueur scientifique et sens esthétique. La taxidermie devient bijou, et l’insecte, longtemps objet de dégoût ou de peur, accède à la noblesse de l’œuvre d’art.
Dans leur atelier normand, chaque recoin invite à l’émerveillement. Pinces de crabes, ailes de papillons, mandibules de coléoptères… Tout est réel, authentique, prélevé avec soin dans le respect de la nature. “Certains spécimens viennent d’Asie. En séchant, ils perdent leurs couleurs, alors on travaille pour les raviver, retrouver leur éclat d’origine”, explique Marion.
Le processus est long, méticuleux. On gratte, on nettoie, on reconstruit. Puis on peint, on sertit, on assemble. Chaque pièce est unique, tant par l’animal que par le geste artisanal qui l’a sublimée.
“Il y a une forme de rigueur scientifique dans ce qu’on fait. On essaie de rester fidèles à la nature, mais on veut aussi créer de la beauté”, poursuit-elle.
Guillaume, de son côté, voit dans chaque crustacé une œuvre née de millions d’années d’évolution. “Un homard, c’est une sculpture vivante. Notre travail, c’est de le révéler, de le mettre en lumière, pas de le travestir.”
Ses montures sont pensées comme des écrins. Il plie, soude, lime le laiton jusqu’à obtenir un support fin, presque invisible, qui vient souligner les formes de l’animal sans le dominer. C’est du sertissage à l’état brut, appliqué au monde vivant.
Tout s’est accéléré il y a trois ans, lorsqu’ils exposent leurs premières créations à un salon de décoration à Paris. Le public est médusé. Des musées, des collectionneurs privés, des galeristes s’arrachent leurs pièces. France, Pays-Bas, États-Unis : leur art s’exporte bien au-delà des frontières.
Et pourtant, rien n’était prévu. “On n’a jamais fait de business plan. On s’est juste lancés. Et ça a pris…”, confie Marion, encore un peu surprise par leur succès.
Aujourd’hui, leur carnet de commandes est plein pour plusieurs mois. Chaque pièce se vend entre quelques centaines et plusieurs milliers d’euros, selon sa complexité et sa rareté.
Le travail de Marion et Guillaume interpelle. Il ne s’agit pas de simple décoration. Leur démarche, profondément respectueuse du vivant, soulève des questions sur notre rapport à la nature, à la mort, à la beauté.
Dans un monde saturé d’objets industriels, leur art lent, mélange de patience, de précision et d’admiration du vivant, fait du bien. Il invite à ralentir, à observer, à contempler.
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